dimanche 18 janvier 2009

Polynésie: souvenirs, souvenirs



Arrivés de nuit à Tahiti, en redécouvrant le lendemain la silhouette si caractéristique de Moorea vue depuis Papeete, je ne peux m’empêcher de revenir 27 ans en arrière. Au Chili, Jo et moi nous étions rendu compte que nous n’aurions pas assez d’argent pour faire le tour du monde prévu. Nous avions alors deux possibilités: soit continuer à voyager quelques mois en Amérique du Sud avant de rentrer, soit dépenser pratiquement tout l’argent qui nous restait pour atteindre Tahiti et y trouver du travail. Nous avions calculé qu’il nous était possible d’y rester une semaine avant d’être à court d’argent et devoir prendre le premier avion pour rentrer. Lors des championnats du monde de parachutisme en Floride, j’avais sympathisé avec le responsable d’une petite société qui vendait des parachutes dans le monde entier; et il avait gentiment accepté de m’ouvrir son carnet d’adresse. A Tahiti j’avais un seul nom et no de téléphone. Sans perdre de temps, je l’appelle. Il travaille dans la succursale polynésienne d’une grande banque française et me propose de passer à son bureau. Lorsque sur sa porte je lis qu’il est responsable du service informatique, je me dis que peut-être notre coup de poker a une chance de réussir. Nouvellement nommé à ce poste il m‘expose ses problèmes. Notamment qu’une informaticienne avait dû rentrer en France prématurément et comme elle avait effectué un développement sur un ordinateur que personne ne connaissait il allait devoir trouver et faire venir un spécialiste de métropole, ce qui allait prendre du temps et coûter très cher. Après l’avoir patiemment écouté durant une heure, je lui apprend que je suis également informaticien, que je n’avais pas prévu de rester à Tahiti … mais que connaissant bien cet ordinateur, si ça pouvait lui rendre service et si les conditions qu’il m’offrait étaient intéressantes, je pourrais éventuellement envisager de travailler quelques mois pour lui…Et c’est comme ça qu’en moins de 24 heures, j’ai décroché un super contrat de travail pour un an, avec un salaire supérieur à celui que j’avais en Suisse. En fait ce n’est que 3 mois plus tard, alors que j’allais être expulsé du territoire, que le service du personnel réalisa que la Suisse ne faisait pas partie de ce qui était alors la CEE et que j‘avais impérativement besoin d‘un permis du travail et d‘un visa. Ce sera résolu « à la Polynésienne «, pour le visa, grâce à une relation « particulière » que la secrétaire de direction entretenait avec le responsable du service concerné et pour le permis de travail grâce aux contacts privilégiés que le Directeur de la banque avait avec le Haut commissaire.
C’est donc avec une certaine émotion que 25 ans plus tard nous prenons un truck (bus local) pour aller à Papeete faire quelques achats, avant de partir pour quelques îles que nous n’avions pas eu alors les moyens de visiter. Peu de choses ont finalement changé, si ce n’est que le marché couvert est plus grand, les commerces plus modernes, la banque où j’ai travaillé a changé de nom, un Mc Donald s’est ouvert juste à côté et les trucks ne diffusent plus à tue-tête de la musique locale. Les tahitiens, hommes et femmes, portent toujours une fleur de tiare sur l’oreille et les tahitiennes sont toujours aussi belles.
Profitant d’un pass inter-îles d’Air Tahiti nous allons passer quelques jours à Moorea, l’île sœur de Tahiti. J’avais prévu d’y faire de l’hydravion. Malheureusement les 2 ULM sont en panne et l’instructeur est parti en vacances en Nouvelle Calédonie. Je me consolerai en faisant mon baptème plongée: un moment inoubliable. Puis nous nous envolons pour Bora Bora. L’approche et l’atterrissage sur cette piste mythique construite en 1943 par les américains afin de servir de base d’appui lors de la guerre du Pacifique est un grand moment. Depuis l’aérodrome, construit sur un motu, pour rejoindre l’île, il faut prendre le bateau navette d’Air Tahiti. Le lagon est d’un bleu irréel et la découpe des montagnes de l’île principale, comme sur les cartes postales. Malheureusement, on va vite se rendre compte que Bora a vendu son âme aux dieux de l’argent facile. Les bungalows sur pilotis des hôtels hors de prix pullulent et défigurent le lagon. On imagine la déception que cela a dû causer au papa de notre ami Stéphane, PEV qui s‘y était installé il y a plus de 25 ans… On a trouvé un bungalow abordable au bord de l’eau, mais en fin de journée les algues et les bulles qui flottent n’attirent pas à la baignade sur cette plage pourtant magnifique. Ça n’a pas l’air de déranger les raies qui longent régulièrement le bord. Les moustiques sont féroces et attaquent en priorité Sarah qui fait une allergie. Après avoir essayé de faire du catamaran (hors de prix), pour prendre un peu de recul, on loue un petit bateau à moteur. Malheureusement le temps est incertain. Après une demi-heure de traversée du lagon on accoste le seul motu public de l‘île dans l’idée d’y picniquer. On est tout seuls. Enfin presque car on est accueillis par une meute de chiens qui n’ont pas l’air d’avoir à manger tous les jours. Ils sautent contre Sarah et j’essaye de les éloigner à coup de sac à dos. Heureusement, la surprise passée on s’aperçoit qu’ils ont plus envie de jouer que de nous manger. On préfère quand même réembarquer, l’appétit coupé. Un orage approche et la houle a augmenté. Sans aucune expérience je m’y prends comme un manche et en montant du mauvais côté le bateau, poussé par une vague plus forte que les autres, manque de casser les deux jambes de Sarah. Arrivant enfin à pousser le bateau fasse aux vagues, j’évite de justesse, grâce à Sarah, de mettre un pied sur des oursins. Comme l’orage semble approcher on décide de ne pas aller plus loin et on prend le chemin du retour. Une demi-heure plus tard comme le grain semble vouloir passer au large on arrête le moteur (en priant pour qu’il redémarre) au milieu du lagon pour enfin picniquer car c’est connu les émotions ça creuse et surtout je ne veux pas perdre la face en ramenant le bateau après seulement une heure alors qu’on l’a loué pour deux fois plus de temps. L’estomac calé, ayant repris confiance dans mes qualités de marin, on s’approche doucement de pains de corail pour observer les poissons. On s’amusera aussi à suivre deux raies qui finiront pas nous semer. En rentrant, m’approchant de deux pirogues de compétition pour les prendre en photos, leurs occupants ravis s’amuseront à nous suivre en profitant des vagues de notre sillage. Et c’est l’air décontracté en barrant d’une main et en prenant des photos de l’autre (tout en regardant quand même de temps en temps vers l’avant) que finalement, on rend à l’heure prévue notre embarcation, rassuré d’être arrivés à bon port et un tout petit peu moins novice qu’à notre départ.
Maupiti, à une vingtaine de minutes d’avion de Bora, va nous réconcilier avec la Polynésie. C’est un peu Bora en miniature mais sans hôtels, jet-skis et distractions autres que la baignade, le tour de l’île en vélo et les promenades sur les plages désertes. Les déplacements pour aller au village ou à l’aéroport se font uniquement en bateau. Il y a deux ans, les habitants se sont opposés à une large majorité à l’implantation d’un hôtel de luxe sur leur île afin de préserver leur mode de vie. On loge dans une pension située sur un motu où on rencontre des bretons, comme toujours très sympas.
Puis nous rejoindrons Raiatea où j’ai rendez-vous avec un pilote de l’aéro-club local pour essayer un nouvel avion (article) que nous devrions recevoir à Gruyères au printemps. Un autre moment inoubliable de notre séjour en Polynésie, avant de continuer notre voyage toujours plein Ouest vers l’Australie. Photos
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